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Katrina Kalda est née en 1980 à Tallinn en Estonie. Elle est arrivée en France à l'âge de dix ans. Elle a étudié les lettres à l’École normale supérieure de Lyon.



 

Elle est agrégée de lettres modernes, monitrice à l’université de Poitiers, elle a passé le concours de conservateur de bibliothèques. Depuis 2015, elle travaille à la bibliothèque de l'université de Tours. Elle exerce également en tant que traductrice.

 

Elle a à ce jour publié quatre romans chez Gallimard : Un roman estonien, son premier roman, a été publié en 2010 ; Arithmétique des Dieux, paraît en 2013 ; Le pays ou les arbres n'ont pas d'ombre en 2016. Un quatrième roman vient de paraître en 2021 : La Mélancolie du monde sauvage.

 

Elle a reçu plusieurs prix:

- en 2013, le prix du rayonnement de la langue et de la littérature française, par l'Académie française.

- en 2015, le prix Richelieu de la francophonie

- en 2018, le prix des lecteurs des littératures européennes de Cognac

 

ÉCHOS DE LA PRESSE :

Nouvelle République, 15 février 2018.

Pour elle, l’écriture est un travail à part entière :« Dans beaucoup de domaine on étudie six, sept ou huit ans avec d’être vraiment compétent, l’écriture, c’est la même chose », explique-t-elle. Ainsi, pendant des années, en parallèle de ses études, elle s’est « astreinte à rester chaque jour à [mon] bureau pendant deux heures pour voir si [j’avais] la ténacité nécessaire pour devenir écrivain ». Elle l’a, tout comme le talent, puisque ses trois romans publiés chez la très sérieuse maison d’édition Gallimard lui ont déjà valu deux prix : celui du rayonnement de la langue et de la littérature française de l’Académie française et celui le prix Richelieu de la francophonie.
Être primée pour « services rendus » à la langue de Molière lève-t-il le flou sur la frontière entre l’écrivain francophone et de l’écrivain français qui poursuit cette jeune femme d’origine estonienne ? « Quel est le critère pour passer de l’un à l’autre », s’interroge-t-elle.
La langue française, elle l’a découverte à 10 ans, dans les couloirs de l’ambassade de France de Leningrad, avant son émigration, avec sa mère.« J’ai vécu cela comme un choc esthétique », se rappelle-t-elle. Très vite, elle l’apprendra, l’adoptera comme langue littéraire :« Une belle langue, avec beaucoup de potentialité. » Elle a lu, étudié en français, écrit ses premiers textes et s’est rêvée dans cette langue d’adoption, devenue sienne. En Estonie, les traductions de ses romans sont pourtant considérées comme patrimoine national. Peut-être aussi car ce pays est présent, ses gens, son histoire. Mais pas seulement.
Dans les livres de Katrina Kalda, il y a de l’humain, de la famille, de la politique, des zones d’ombres aussi. Le dernier paru, intitulé Le Pays où les arbres n’ont pas d’ombre, était« trop lourd, trop sombre » pour qu’elle le laisse entre les mains de sa fille de 11 ans. Une idée s’est alors fait jour, la réflexion a fait son chemin. Katrina Kalda s’est attelée à un roman jeunesse, se glissant avec délectation dans un récit à hauteur d’adolescent. Une transition naturelle, et surtout pas sans retour.« Comme cela se fait dans les pays du Nord. En France, on a tendance à cloisonner les deux », remarque-t-elle. Elle qui se joue des frontières.

 

Entretien dans L’Express, par Joffrey Bollée, :

 

Quel livre vous a le plus touché?

Il y en a bien sûr beaucoup. Parmi les œuvres contemporaines, ce fut peut-être Médée, voix de Christa Wolf. En s'appuyant sur la théorie du bouc-émissaire développée par René Girard, elle propose une lecture féministe du mythe de Médée. Mais au-delà de l'aspect politique du livre, ce qui m'a touchée c'est la figure de Médée telle qu'elle se dessine chez Wolf dans l'entrelacement des voix amies et ennemies. […] Wolf donne de Médée l'image d'une femme à la fois forte et vulnérable et interroge ce faisant la manière dont se constituent les mythes fondateurs d'une société.

 

Quel lecteur a compté pour vous?

Les premiers lecteurs, ceux qui ont pris le temps de lire mes premiers textes, il y a une dizaine d'années, ceux qui m'ont encouragée, soutenue, parfois conseillée.

 

Quel événement vous a le plus marqué?

Parmi les événements historiques, je pense toujours avec émotion et incrédulité à la chaîne humaine des Pays baltes, qui en août 1989 a réuni sur 600 km 2 millions de personnes qui souhaitaient ainsi rappeler le pacte germano-soviétique de 1939 afin de dénoncer l'occupation illégitime de l'Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie par le pouvoir soviétique. C'est un événement qui a une forte valeur symbolique (on a pu le comparer à la chute du Mur de Berlin). Il représente pour moi la manière dont les pays baltes ont secoué le joug communiste, par une sorte de révolution "douce" en ce sens qu'elle a réussi à ne pas faire appel à la violence. C'est aussi un événement qui me fait rêver car il défie l'imagination. Il y a quelque chose de romanesque dans cette immense chaîne humaine qui se forme pour protester contre le régime soviétique, alors que la répression par le pouvoir en place demeure toujours possible. Il me semble que la chaîne humaine des Pays baltes est l'un de ces événements qui nous rappellent que l'Histoire est souvent plus romanesque que la fiction.

 

Pourquoi écrivez-vous?

J'aime la façon dont Julien Gracq se moque de cette question dans En lisant, en écrivant : "On écrit d'abord parce que d'autres avant vous ont écrit, ensuite, parce qu'on a déjà commencé à écrire". A l'origine de l'écriture, il y a la lecture, ce qui nous renvoie à la première question. Ensuite, pourquoi continuer à écrire ? Pour moi, l'une des raisons tient au plaisir de pouvoir me retrancher dans la temporalité lente de l'écriture, tout à fait différente de celle, plus rapide, des activités quotidiennes. Il y a aussi le plaisir de rêver un monde, et je suis fascinée par les écrivains qui parviennent à bâtir de véritables systèmes romanesques tels Balzac, ou plus près de nous, G. Grass. Là encore, il s'agit d'une sorte de retranchement dans l'imaginaire. Enfin, il y a le plaisir de la langue qui constitue bien sûr la matière même de l'écriture : le plaisir de travailler sur la syntaxe, la musique de la langue, la construction des images.

 

PUBLICATIONS :

 

Romans :

- Un roman estonien, Gallimard, 2010

- Arithmétique des dieux, Gallimard, 2013,  prix littéraire Richelieu de la francophonie 2015

- Le Pays où les arbres n’ont pas d'ombre, Gallimard, 2016, prix des lecteurs des Littératures Européennes de Cognac 2018

- La Mélancolie du monde sauvage, Gallimard, mai 2021.

 

Nouvelles, essais, contributions :

- "Paysages de la langue", Les écrits (revue de l’académie des lettres du Canada français), 2012

- "Kihnu, une île au large du temps", Revue Portrait #2, 2014

- "Paris, pays kitch de l'imagination", Paris lumières étrangères (ouvrage collectif), Magellan, 2017

- "Fenêtres de papier", préface au livre de photographies de Jérémie Jung, Au large du temps, Imogène, 2018

 

Traductions :

-     Viivi Luik, Le Petit Placard de l'homme, Pierre-Guillaume de Roux, 2012

 

Édition :

- Jules Michelet, La Sorcière, préface de Richard Millet, édition de Katrina Kalda, Gallimard, coll. « Folio Classique », 2016

 

 

À PROPOS DE Le Pays où les arbres n'ont pas d'ombre

Collection Blanche, Gallimard, 2016

Trois femmes, Marie, sa mère Astrid et sa grand-mère Sabine, habitent ensemble dans la Plaine, où elles ont été déplacées pour une raison qu’on leur tait. Dans cette banlieue végète une population misérable qui travaille dans de grandes usines de recyclage pour alimenter en matières premières utilisables la Ville peuplée de nantis paisibles.

Un jour, Astrid et sa fille décident de franchir le no man’s land qui sépare la Ville et la Plaine, pour rejoindre le père de Marie...

L’univers imaginé par Katrina Kalda possède une grande force d’évocation et un charme puissant, instillant chez le lecteur un malaise et une fascination qui ne se dissipent pas.

 

À PROPOS DE LA MÉLANCOLIE DU MONDE SAUVAGE

Collection Blanche, Gallimard, 2021.

« J’ai appris à connaître toutes les pierres de la rivière. J’ai compris que ces pierres n’ont pas besoin d’apprendre à me connaître ; que la nature n’a pas besoin de moi. Que moi seule ai besoin d’elle. »
Rien ne destinait Sabrina à une carrière artistique. Élevée par une mère fragile dans un milieu modeste, elle a peu de perspectives d’avenir. Jusqu’au jour où, lors de la visite scolaire du musée Rodin, elle découvre sa vocation : elle consacrera sa vie à l’art. Dès lors, Sabrina se voue totalement à ce projet. La précarité étudiante est vite compensée par les amitiés fortes et la richesse des recherches artistiques. Mais les soubresauts de sa vie amoureuse et les bouleversements d’un monde dont l’effondrement semble inéluctable ne tardent pas à infléchir sa trajectoire.
À travers le destin d’une artiste contemporaine, Katrina Kalda interroge la place de l’art dans un univers en crise. Son écriture, harmonieuse et assurée, soutient ce roman plein d’émotions.

 

Critique de Babelio : «  C'est un très beau roman écrit directement en français par une jeune femme estonienne que publie Gallimard.
Une jeune femme, Sabrina, issue d'un milieu défavorisé du Nord de la France, découvre l'Art lors d'une sortie scolaire. Prête à tout pour devenir artiste elle aussi, elle "galère" mais va y arriver ; c'est alors qu'elle se rend compte du désert qu'est sa vie privée.
Alors qu'elle s'adonne à une relation toxique avec une sorte d'illuminé nanti d'une adorable petite fille Gaïa, elle sent qu'une fois de plus, il faut fuir pour se retrouver.
C'est perdue au milieu de nulle part, en ermite, qu'elle pourra enfin sentir la beauté de la nature et travailler de ses mains. En même temps elle va souvent aider des marginaux qu'il vaut mieux cacher parfois, quitte à s'attacher et une fois de plus se retrouver seule et mélancolique, avec de loin en loin des amies fidèles.
Une très belle écriture, des termes choisis avec soin, un bien beau texte. »

 

Horaires 9 juin 2021

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